lundi 10 septembre 2012

Un changement radical dans la gestion de la crise souveraine européenne
Véronique Riches-Flores dans La stratégie de la BCE
Les annonces de Mario Draghi constituent un changement radical dans la gestion de
la crise souveraine européenne qui évacue le risque systémique engendré par la
détérioration de la situation macro-économique. Les marchés apprécieront.
En se posant en prêteur en dernier ressort, la BCE a fait un pas de géant qui, s'il n'efface
pas les incertitudes macro-économiques, évacue les risques majeurs qui, jusqu'à présent, y
étaient associés. Les primes de risques nées de l’intensification de la crise de ces derniers
mois, à savoir : la redénomination des dettes périphériques d’une part, celui de dislocation
de la zone euro de l’autre, n'ont fondamentalement plus de raison d'être. Cela constitue
incontestablement une totale rupture avec les deux années écoulées.
Certes, certaines questions demeurent, notamment celle de la conditionnalité. Le
gouvernement Rajoy joue la montre et, profitant aujourd'hui de taux de financement moins
contraignants, pourrait être tenté de repousser dans le temps sa demande effective d’aide
au FESF. Le risque de déception à brève échéance n'est donc pas totalement exclu mais le
pas franchi aujourd'hui n'en reste pas moins historique pour l'union monétaire.
D’autant que les propos encourageants tenus immédiatement après la conférence de
Presse de la BCE par Mme Merkel sur la confiance qu’elle accordait à l’Espagne après les
progrès réalisés, laissent entrevoir la possibilité d’un compromis moins préoccupant que l’on
pouvait le redouter.
L’Espagne pourrait en effet bénéficier d’un programme « de prévention» du FESF/MES, aux
conditions moins drastiques que le « programme d’ajustement macro-économique»
classique. L'honneur des allemands comme celui des espagnols serait ainsi sauvé tandis
l’Espagne échapperait à une nouvelle cure d’austérité insupportable...
L'ensemble est un incontestable soulagement que les marchés ne pourront
que continuer à saluer après un accueil déjà enthousiaste. C’est une respiration,
dont on peut certainement attendre qu’elle change la donne et permette d’amortir
les effets d’une conjoncture encore très dégradée sur les performances financières,
en Europe et au-delà.
Rappel des principales mesures annoncées par la BCE le 6 septembre 2012:
- La BCE a obtenu le soutien du Conseil de Politique Monétaire pour initier un programme
illimité d’achats de titres souverains des pays en difficulté : « Outright Monetary Transaction
» (OMT).
- Ces achats sont conditionnés à la demande préalable d’aide auprès du FESF/ESM par le
pays concerné.
- Les pays bénéficiant déjà de l’aide du FESF pourront être intégrés à l’OMT dès lors qu’ils
reviennent sur le marché (Grèce, Irlande et Portugal).
- Les achats concerneront des titres d’une maturité de un à trois ans, ce qui peut également
s’entendre par des achats d’obligations à 10 ans dont il ne resterait que 3 ans à courir.
- Les montants –sans limites- alloués aux achats de titres souverains seront compensés au
niveau du bilan de la BCE par une augmentation proportionnelle des facilités de dépôts
(stérilisation).
- Les titres achetés bénéficieront de la séniorité de la BCE.
L’ensemble de ce dispositif a pour objectif de :
1- préserver l’euro,
2- rétablir les mécanismes de transmission de la politique monétaire,
3- abaisser le coût de financement des pays en difficulté.


Blog AGEFI 10sept 12

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