mercredi 27 avril 2011

Click!
01/04/11 | 10:05 | Claude Vincent

La vie de bureau  : « Votre attention, s'il vous plaît »

Le compliment au partant est un exercice incontournable. Et périlleux. Autant s'y préparer au mieux en suivant quelques règles de bon sens.

Ecrit par
Claude VINCENT
Claude VINCENT Rédacteur en Chef Adjoint - Enjeux Les Echos
Grosse charrette dans le service -la crise, la crise, mon bon ! -et votre fidèle bras droit est monté à bord. Ou, plus réjouissant, ce rival que vous ne supportiez pas est promu loin, très loin. Pourtant, l'heure n'est ni à la tristesse ni à la joie. Mais au stress. Impossible d'y échapper, cette fois : votre position hiérarchique, un long voisinage de bureau, la cruelle vox populi (de quoi se mêle-t-elle !), tout vous désigne. Inutile d'invoquer la varicelle de la petite dernière ou le difficile dossier Durand. L'incontournable compliment à l'adresse du futur ex, lors des agapes de départ, c'est pour vous. Problème : vous n'êtes pas sorti de sciences pot.
Alors, quelques conseils. La préparation. Disons-le, le look, chez vous, est improbable au sens littéral du terme : qui a peu de chance d'avoir lieu. Surtout, ne changez rien ! Pas de séances d'UV en urgence, de coups de ciseaux chez le coiffeur, de tailleur ou de costume neufs. Les allusions ironiques de vos collègues pourraient vous déstabiliser. Côté posture, pas d'héroïsme non plus. Vous êtes plutôt du genre à rater la marche ? Zappez le bond agile sur le bureau, restez sur terre, jouez le charisme personnel. Vous êtes Bisounours plutôt que Mad Max, incapable d'arracher les convives à leurs bavardages, comme le pro du pot, par un tonitruant et impératif -« Votre attention, s'il vous plaît » -garant d'un unanime et extatique « ah » arraché à l'assistance ? Comme au bonneteau, soudoyez un comparse à la voix de stentor, qui vous repasse ensuite le mistigri.

Oubliez Céline

Une fois votre autorité posée, le discours. Là où le pro ose une brillante improvisation (renseignements pris, il l'a méga préparée, le matois), vous trébuchez sur les mots, la moindre petite sortie de texte se transforme en folle embardée. Cassé ! Alors, essayez de limiter les risques. Pas de longues chevauchées, de déroulé de carrière sur vingt feuillets. Faites court, pour en finir avant que les neurones ne s'embrouillent. Habitué à manger du clown au petit-déjeuner, le pro manie aussi à merveille l'humour subtil, façon Bigard ; féru de littérature, il cite volontiers Céline (l'héroïne de Je reviens te chercher, de Guillaume Musso). Oubliez tout de suite. Ce sont des arts qui se cultivent tôt.
Vous êtes un amateur, assumez. Décalez. Gougueulisez, facebouquez, copaindavantisez... Internet et les réseaux sociaux, c'est un peu comme les vieilles malles oubliées au grenier. Surprise, surprise... On croit souvent tout connaître de ses proches. Cherchez l'inédit, pour renouveler le stock des anecdotes. Dégotez un bon vieux rapport de fin de stage (« La danse nuptiale de l'oedicnème criard (burhinus oedicnemus) en Bas-Quercy »), des copains de communale ou de promo qui ont mal tourné (DRH au musée Grévin, directeur artistique chez Grattannonces). Ouf, c'est fini ? Bravo, vous l'avez fait ! Et là, miracle, petit frémissement de plaisir. Tiens, au fond, je me referais bien un petit discours, un de ces quatre. Rassurez-vous. Par les temps qui courent, va y avoir du grain à moudre. La crise, mon bon, la crise !
CLAUDE VINCENT

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire